Il y a des îles qui se visitent les pieds dans le sable. La Réunion n’est pas de celles-là. Ici, on enfile ses chaussures de randonnée dès le matin, on avale un samosa au bord d’une route de montagne et on finit la journée face à un coucher de soleil sur l’océan Indien.
En dix jours, ce petit territoire français perdu entre Madagascar et Maurice offre une diversité de paysages qui laisse sans voix, un volcan parmi les plus actifs au monde, trois cirques encaissés classés à l’UNESCO, des forêts primaires, des cascades vertigineuses et un lagon turquoise. Voici l’itinéraire que nous aurions aimé avoir en main.
Pourquoi la voiture est-elle indispensable à la Réunion ?
Le réseau de bus existe, mais il dessert mal les sites naturels et fonctionne avec des horaires limités en dehors des axes principaux. Pour un road trip digne de ce nom, la voiture est le seul moyen de relier les différents points de l’île sans perdre un temps précieux. Les distances sont courtes (l’île fait 70 km de diamètre) mais les routes de montagne rallongent considérablement les trajets, compter facilement 1h30 pour rejoindre Cilaos depuis la côte, par exemple, sur une route à 400 virages.
Notre conseil : réservez votre véhicule avant le départ. Les agences locales proposent des tarifs bien plus compétitifs qu’à l’aéroport. Pour explorer l’île à votre rythme sans plomber votre budget, pensez à louer une voiture à la Réunion à petit prix ici. Privilégiez un véhicule légèrement surélevé, certaines pistes vers les points de vue ne sont pas goudronnées.
Jours 1 et 2 : Saint-Denis et le cirque de Salazie
L’avion atterrit généralement à Roland-Garros en début de matinée. Prenez le temps de flâner dans Saint-Denis, la préfecture. La rue de Paris aligne ses maisons créoles colorées, le jardin de l’État offre une pause ombragée sous les arbres centenaires et le grand marché donne un premier aperçu de la gastronomie locale. Un carry poulet au bord du trottoir et l’aventure commence.
Le lendemain, cap sur Salazie. La route serpente à travers une végétation de plus en plus dense jusqu’au village de Hell-Bourg, classé parmi les plus beaux villages de France. Les cases créoles y sont impeccablement entretenues et les sentiers partent dans toutes les directions. Arrêtez-vous au Voile de la Mariée, cette cascade que l’on aperçoit depuis la route : quand la lumière du matin la traverse, on comprend pourquoi elle porte ce nom. Le cirque de Salazie est le plus vert des trois, gorgé d’eau, tapissé de chouchous et de fougères arborescentes.
Jours 3 et 4 : la côte est et le Piton de la Fournaise
Quittez Salazie par le nord et longez la côte est, la partie la plus sauvage de l’île. L’église de Sainte-Anne, bijou baroque perdu dans la verdure, mérite un arrêt. Puis poursuivez vers Sainte-Rose et la route des Laves, un ruban de goudron qui traverse des coulées de lave figées. Les plus récentes datent de 2007 : la végétation tente à peine de reprendre ses droits. L’ambiance est lunaire.
Le jour 4 est celui du volcan. Levez-vous tôt (très tôt) pour atteindre le Pas de Bellecombe avant les nuages. La route qui y mène est un spectacle en soi, on traverse la Plaine des Cafres, la forêt de Bébour, puis l’incroyable Plaine des Sables, un désert ocre et minéral qui ressemble à Mars. Depuis le belvédère du Pas de Bellecombe, la vue plonge sur l’Enclos Fouqué et le cratère Dolomieu. La randonnée aller-retour prend environ 5 heures. Prévoyez de l’eau, un coupe-vent et de bonnes chaussures, le terrain est caillouteux et le vent souffle fort là-haut.
Jours 5 et 6 : le sud sauvage
Le sud de la Réunion porte bien son surnom. De Saint-Philippe à Saint-Pierre, la côte alterne falaises noires, criques inaccessibles et forêts primaires. Le jardin des Laves, à Grand-Brûlé, montre comment la nature reprend le dessus après une éruption. Le cap Méchant offre un panorama saisissant sur les falaises battues par les vagues de l’océan. L’endroit est venteux, grandiose et un rien dramatique.
Passez par la forêt de Mare Longue, l’une des dernières forêts tropicales humides de basse altitude de l’île. Puis rejoignez Saint-Pierre pour la soirée. Le front de mer s’anime dès le coucher du soleil, petits restaurants créoles, bars à rhum arrangé et ambiance décontractée. Le samedi matin, le marché couvert de Saint-Pierre est l’un des plus animés de l’île, épices, fruits exotiques, vanille Bourbon et artisanat local. Un régal pour les sens.
Jours 7 et 8 : le cirque de Cilaos
La route vers Cilaos est légendaire. Quatre cents virages, des ponts surplombant des ravines vertigineuses et des tunnels creusés dans la roche, c’est l’une des routes les plus spectaculaires d’Europe (oui, la Réunion est bien en Europe). Le cirque de Cilaos a un caractère plus sec et minéral que Salazie. La lumière y est différente, les parois plus abruptes.
Le village mérite une journée entière. Goûtez les lentilles de Cilaos (les meilleures de l’île) et le vin local une curiosité produite sur des coteaux vertigineux. Les randonneurs aguerris tenteront l’ascension du Piton des Neiges (3 070 m), le plus haut sommet de l’océan Indien. Le départ se fait à la nuit tombante pour atteindre le sommet au lever du soleil. C’est exigeant physiquement mais le spectacle au sommet est à couper le souffle : par temps clair, on voit les trois cirques, le volcan et parfois même Maurice au loin. Pour ceux qui préfèrent un effort plus doux, la randonnée de la Roche Merveilleuse offre un panorama magnifique sur le cirque en moins de deux heures.
Jour 9 : la côte ouest et le lagon
Après une semaine d’altitude et de sentiers, la côte ouest fait l’effet d’une récompense. De Saint-Leu à Saint-Gilles-les-Bains, le lagon déroule ses eaux turquoise et tièdes. La plage de l’Ermitage, bordée de filaos, est parfaite pour une matinée de farniente. Les amateurs de snorkeling trouveront de quoi faire du côté de la passe de l’Ermitage, où tortues vertes et poissons tropicaux évoluent dans quelques mètres d’eau.
L’après-midi, remontez vers le Maïdo. Cette route de montagne grimpe depuis la côte jusqu’à 2 200 m d’altitude et débouche sur un belvédère à pic au-dessus du cirque de Mafate. Le spectacle est proprement vertigineux, Mafate est le seul cirque inaccessible en voiture, et d’en haut, on aperçoit les îlots de vie accrochés aux flancs des montagnes. Arrivez avant 10 heures du matin pour éviter les nuages qui montent de la côte et bouchent la vue.
Jour 10 : Saint-Leu, marché forain et dernières heures créoles
Le dernier jour se savoure lentement. Si vous êtes là un samedi, le marché forain de Saint-Leu est une pépite. Plus intime et moins touristique que celui de Saint-Paul, il aligne ses étals de fruits, de vanille, de miel de baies roses et de gâteaux maison à l’ombre des filaos, à deux pas de l’océan. L’occasion idéale de rapporter quelques souvenirs gourmands.
Profitez des dernières heures pour observer les baleines à bosse si vous voyagez entre juin et octobre. Saint-Leu est l’un des meilleurs spots d’observation de l’île, directement depuis le rivage ou en sortie bateau. Sinon, piquez une tête dans le lagon et offrez-vous un dernier bouchon (la spécialité de ravioli réunionnais) avant de reprendre la route vers l’aéroport.
Nos conseils pratiques pour réussir son road trip à la Réunion
Quand partir ?
La meilleure période s’étend de mai à novembre, pendant l’hiver austral. Les températures restent douces (20-25°C sur la côte) et les précipitations sont moins fréquentes. Juin à octobre ajoute la saison des baleines, un spectacle exceptionnel. Évitez la période cyclonique de janvier à mars certaines routes de montagne peuvent être coupées pendant plusieurs jours.
Quel budget prévoir ?
La Réunion n’est pas une destination bon marché : c’est un département français avec un coût de la vie similaire à la métropole. Comptez environ 80 à 130 € par nuit pour un gîte ou un hébergement confortable, 15 à 25 € pour un repas au restaurant et 25 à 45 € par jour pour la location de voiture. Le poste transport reste le plus facile à optimiser en réservant tôt.
Quelques erreurs à éviter
Sous-estimer les temps de trajet est le piège classique. Les distances sont courtes à vol d’oiseau mais les routes de montagne prennent du temps. Prévoir trop de sites en une journée transforme le voyage en marathon. Deux temps forts par jour suffisent largement. Autre erreur fréquente : ne pas vérifier la météo avant de monter au volcan ou au Maïdo. Les webcams en ligne permettent de connaître la visibilité en temps réel.
Ce qu’il faut emporter
Un bon coupe-vent est indispensable, même en été, il fait froid en altitude et le temps change vite. Des chaussures de randonnée à tige montante vous éviteront bien des glissades sur les sentiers boueux de Salazie. Emportez aussi de la crème solaire haute protection, le soleil tape fort sous les tropiques, surtout en altitude.
Dix jours à la Réunion, c’est court pour une île aussi dense. On en repart forcément avec l’envie d’y retourner, de s’aventurer enfin dans Mafate à pied, de passer une nuit au gîte du volcan ou de goúter ce rhum arrangé letchi qu’on a repéré au marché de Saint-Pierre. L’île intense porte décidément bien son nom.

Article rédigé par Damien, co-créateur de ce blog voyage.
Passionné de sites UNESCO.
Rôles dans l’administration du blog : prises de vues – retouches photos – rédaction – contacts partenaires